Le roman d’Emilie de Turckheim se présente sous une jaquette rouge esthétiquement plaisante mais passablement déroutante. D’abord une mise en exergue à la une qui clame, dans un imposteur raccourci tweeté « l’amour n’a pas d’âge » alors que le roman nous démontrera que l’âge compte terriblement. Ensuite une illustration de Pierre Mornet très belle, comme ses autres œuvres, mais qui présente des visages figés à la Balthus, alors que les femmes, dans ce roman, sont sensuelles, expressives et ne cachent ni leurs sentiments ni leurs pulsions.
Avec Don Juan en ouverture, Emilie de Turckheim nous livre immédiatement la mesure du chant mélodique et de la fable à venir, avec une forme d'ambition à l'universalité. Héloise, ( petit clin d'oeil à son éditeur Héloise d’Ormesson ) a vocation à entrer dans la chanson de geste sulfureuse des grandes histoires d'amour, où une grande différence d'âge sépare les amoureux. De la Lolita de Nabokov, à l 'Héloise d’Abélard, de la Julie d'Etange, nouvelle Héloise, de Rousseau, à la Mâme Scarlett de Mitchell.
Héloise, drogue héroïne, va ainsi découvrir l'amour dès ses premiers mois, d'une façon troublante, sensuelle et animale en suçant le pouce de Lawrence, chef d’un service de pédiatrie, qui l'a mise au monde. Dès son plus jeune âge, comme en apesanteur, rasant, dans un geste de défi, son crâne et sa vie des ornements qui encombrent, elle va conquérir le monde avec l'aisance éblouissante et l'impudeur troublante de sa jeunesse, puis séduire à treize ans l'homme, de quarante ans de plus, qu'elle a choisi, et au gré de plusieurs aventures, finir par lui être fidèle et réussir, contrairement à sa mère et aux autres, à le garder.
Le roman se décompose en deux parties, presque exactement en son milieu. La première entre l'Afrique, la Corse et Paris, dans l'ancien monde. La deuxième à New York, dans le nouveau monde. La première dans la vie quotidienne, la deuxième dans un monde de l'art artificiel et décadent. Ce faisant Emilie de Turckheim explore, aussi, avec sérénité l’évolution du féminisme au travers du temps et l’évolution inexorable, qui a permis aux femmes de devenir les égales des hommes. L’ancienne génération subit. La nouvelle « ambitieuse, exploratrice », manipulatrice des « hommes qui disent toujours oui » peut tout se permettre. Même la rage de vivre et de nier le sidérant vide du monde en produisant « assez d’art et d’amour pour échapper à l’ennui et à la brutalité de la vie ».
Emilie de Turckheim pousse, en permanence, le bouchon très loin avec une extrême liberté. C’est d’abord une parfaite liberté de style, que lui autorise, malgré sa jeunesse, une carrière littéraire déjà bien remplie et couronnée de lauriers. On alterne, ainsi, avec doigté, phrases longues et courtes, dialogues de plusieurs personnages dans une seule phrase, très longues phrases sans ponctuation, chapitres d’une page, parenthèses à foison, absolu manque de description des personnages, qui oblige à une permanente vigilance, et avalanche poétique de description des décors. C’est aussi parfois, rarement, des mises en scène un peu artificielles, comme celle du onze septembre ou de la loi sur la peine de mort, qui sont sources d’acrobatiques et millimétrés raccrochages à l’histoire. Le propos va aussi très loin dans la provocation, mais toujours sans avoir l’air d’y toucher. Sexualité débridée, propos crus, pédophilie à la limite de l’inceste, avortements, statuettes de sainte Thérèse dans le vagin, provocations artistiques absolues, personnage se vantant d’un ancêtre « ayant construit des fours à juifs », hommes qui portent des noms de femmes. Tout s’escrime à repousser les limites, avec « un don pour l’idéal excès ». Chacun pourra fixer les siennes. Pour ma part la petite robe tournesol portée à un enterrement.
Ultime liberté, le héros du livre n’est pas celui qu’on croit, tant le roman met en lumière le héros masculin, Lawrence, autour duquel s’articule tout un harem de femmes de plusieurs générations toutes amoureuses de lui, ayant partagé sa couche, jalouses mais sachant trouver entre elles un modus operandi qui autorise à la vie de continuer vaille que vaille. Car si Héloise est chauve, le lion Lawrence, élégant, souvent lâche, parfois menaçant ou manipulateur, mais toujours désarmant par sa quête vaine, au travers de ses excès de conquête, pour vaincre le temps qui détale et la mort qui le guette, laisse sans vergogne flatter sa crinière. Il drague les mères et les filles pendant que New York drague ses mares pour y retrouver un vieux livre de Nabokov. L’homme prend l’eau mais tout s’articule autour de lui.
Que dire d’un ouvrage dont les mises en abyme sont aussi permanentes, et où l’auteur se moque de nous avant même qu’une question ne lui soit posée ? Héloise, artiste, jeune, belle et couronnée de succès, malgré toutes ses provocations, mais dont « les larmes tombaient directement des yeux dans le cœur derrière le masque du visage » nous répond par avance. Elle ne sait pas. Mais elle sait déjà tout de façon innée et intime. « Les critiques érudits lui trouvèrent une parenté avec des peintres dont elle n’avait jamais entendu parler » Osons pourtant des rapprochements littéraires, ceux des enfants terribles de Cocteau ou de mort à Venise de Mann, vertiges anti conformistes où beauté et jeunesse submergent en un flash halluciné les hommes.
En guettant du coin de l’œil le marque page de l’éditeur qui nous laisse à voir une photo sans fioriture et sans bijoux de l’auteur, on se dit que les mots, avalanches de cailloux exotiques, colorés, chaleureux et brillants, tressent pour Emilie de Turckheim les colliers poétiques qu’elle ne portera pas mais qu’elle nous offre. Aube ardoise, ode cadeau, par devers le temps qui passe, à la vie et à la naissance de l’enfant, et à des Saint Nicolas où les sapins se couvriront toujours de présents et où la chasse au snark n’aura pas de fin. Au-delà de la possibilité d’une île, une « possibilité des étoiles » beaucoup plus universelle.
mardi 30 avril 2013
samedi 6 avril 2013
Etonnants Voyageurs 2012. Saint Malo
La version 2013 nous guette déjà, mais quid de celle de 2012 ? Souvenirs, souvenirs.
C'est toujours un plaisir de retrouver l'intra-muros, sous le soleil, au joli mois de mai. L'habituel train Paris-Saint Malo des auteurs et prescripteurs invités nous a déjà précédé. Orgie d'huitres dans la cour du chateau pour ces privilégiés.
Il y a toujours autant de monde ( 60 000 personnes et plus de 300 auteurs d'après les organisateurs )mais malgré toute cette agitation, la débauche de médias et de journalistes invités ( partenariat France Culture, Ouest France... ), on reste toujours un peu surpris par le manque de couverture médiatique pour ce festival pourtant bien installé. L'époque est au zapping buzzique. Malgré son 23ième anniversaire, l'âge de raison, le festival reste pourtant toujours aussi vivifiant. Il est rare de pouvoir cotoyer aussi facilement autant d'écrivains et d'amoureux des grands espaces.
Michel Le Bris se perd un peu dans ses monologues auto louangeurs qui célèbrent son entrée dans la "World Alliance" des festivals( avec Edimbourg, Berlin, Toronto ). Mais il faut bien admettre que la dynamique Etonnants Voyageurs est toujours aussi forte avec ces déclinaisons en Afrique et toutes ces ouvertures vers les communautés des livres du monde, qui fait sans doute plus pour la francophonie que le ministère du même nom.
Cette année il n' ya plus de thème directeur. L'époque est au zapping et c'est dommage. La profusion des sous-thèmes ( printemps arabe, Belgique, Mers du Sud...) donne une légère impression de flottement. La volonté d'ouvrir de nouveaux lieux, au delà du sillon, et pallier l'exiguité de nombreuses salles de débat ( on se souvient d'épiques batailles pour conquérir en mode gréco-romain une place ), étiole un peu l'intérêt et oblige à de nombreux choix drastiques. Moins de thème fédérateur, plus de distance, le festivalier doit se faire plus éclectique.
C'est bien sûr le café littéraire avec Maette Chantrel et Michel Abescat que l'on retrouve chaque année avec bonheur. Les vieux habitués aussi comme Patrick Rambaud ou Dany Lafferière.
Extraordinaire exposition de photos de Monika Bulaj. Monika est polonaise et explore les frontières de l'Europe et de l'Asie centrale avec des photos saisissantes comme tirées d'un moyen âge aux aubes ardoises noyées et des visages, engoncés dans leurs costumes traditionnels. Il semblerait que ses livres, édités en Italie principalement, n'existent pas en Français. Mais que font les éditeurs ?
http://www.monikabulaj.com/eng/
Un petit moment de grâce salle Saint Anne, avec Yvon Le Men, qui nous entraîne dans la poésie des romanciers. Dans l'intimité de cette salle chaleureuse Jean Marie Blas de Roblès nous livre, avec beaucoup d'humilité, sa poésie intime, celle du Brésil. Sa poésie est un roman fleuve aux mots fruités. Littérature et poésie, même combat. Celui de l'émotion.
On sera là l'année prochaine aussi. Bon vent.
C'est toujours un plaisir de retrouver l'intra-muros, sous le soleil, au joli mois de mai. L'habituel train Paris-Saint Malo des auteurs et prescripteurs invités nous a déjà précédé. Orgie d'huitres dans la cour du chateau pour ces privilégiés.
Il y a toujours autant de monde ( 60 000 personnes et plus de 300 auteurs d'après les organisateurs )mais malgré toute cette agitation, la débauche de médias et de journalistes invités ( partenariat France Culture, Ouest France... ), on reste toujours un peu surpris par le manque de couverture médiatique pour ce festival pourtant bien installé. L'époque est au zapping buzzique. Malgré son 23ième anniversaire, l'âge de raison, le festival reste pourtant toujours aussi vivifiant. Il est rare de pouvoir cotoyer aussi facilement autant d'écrivains et d'amoureux des grands espaces.
Michel Le Bris se perd un peu dans ses monologues auto louangeurs qui célèbrent son entrée dans la "World Alliance" des festivals( avec Edimbourg, Berlin, Toronto ). Mais il faut bien admettre que la dynamique Etonnants Voyageurs est toujours aussi forte avec ces déclinaisons en Afrique et toutes ces ouvertures vers les communautés des livres du monde, qui fait sans doute plus pour la francophonie que le ministère du même nom.
Cette année il n' ya plus de thème directeur. L'époque est au zapping et c'est dommage. La profusion des sous-thèmes ( printemps arabe, Belgique, Mers du Sud...) donne une légère impression de flottement. La volonté d'ouvrir de nouveaux lieux, au delà du sillon, et pallier l'exiguité de nombreuses salles de débat ( on se souvient d'épiques batailles pour conquérir en mode gréco-romain une place ), étiole un peu l'intérêt et oblige à de nombreux choix drastiques. Moins de thème fédérateur, plus de distance, le festivalier doit se faire plus éclectique.
C'est bien sûr le café littéraire avec Maette Chantrel et Michel Abescat que l'on retrouve chaque année avec bonheur. Les vieux habitués aussi comme Patrick Rambaud ou Dany Lafferière.
Extraordinaire exposition de photos de Monika Bulaj. Monika est polonaise et explore les frontières de l'Europe et de l'Asie centrale avec des photos saisissantes comme tirées d'un moyen âge aux aubes ardoises noyées et des visages, engoncés dans leurs costumes traditionnels. Il semblerait que ses livres, édités en Italie principalement, n'existent pas en Français. Mais que font les éditeurs ?
http://www.monikabulaj.com/eng/
Un petit moment de grâce salle Saint Anne, avec Yvon Le Men, qui nous entraîne dans la poésie des romanciers. Dans l'intimité de cette salle chaleureuse Jean Marie Blas de Roblès nous livre, avec beaucoup d'humilité, sa poésie intime, celle du Brésil. Sa poésie est un roman fleuve aux mots fruités. Littérature et poésie, même combat. Celui de l'émotion.
On sera là l'année prochaine aussi. Bon vent.
lundi 2 juillet 2012
2666 Roberto Bolano Folio
Il faut bien une semaine pleine pour parcourir cet ouvrage de 1350 pages, livre testament, écrit sur plusieurs années et publié après sa mort, du démiurge écrivain Chilien. L'ouvrage se compose de cinq livres cohérents et complémentaires ( les critiques, Amalfitano, Fate, les crimes, Archimboldi )réunis par les ayants droit en un seul, sous l'énigmatique titre 2666.
2666 une date à la fois lointaine et pourtant proche jetée comme un satanique défi ( nombre d'or, chiffre du diable )au désordre du monde qui est et à celui qui vient. Articulé autour d'une série de crimes réels de femmes commis à Ciudad Juarez ( Santa Teresa )au Mexique et des crimes nazis, ou l'asservissement des peuples noirs, l'ouvrage monde peut se lire de multiples façons. Chacun y trouvera la sienne.
Vaste fresque littéraire qui se déroule comme un immense pensum, catalogue raisonné de la pensée littéraire réelle ou imaginaire que l'auteur déroulerait comme pour nous dire, avant de mourir, ce que l'humanité leur doit et lui plus encore, avec une tendresse toute particulière pour la poésie, mais aussi que son poids est bien relatif face à un univers qui la dépasse. La dernière page, celle qui a sans doute été pensée depuis le tout début, illustre avec une mordante ironie, comment le botaniste et chroniqueur de voyages Fuerst Pueckler ne passera finalement à la postérité que pour le goût d'une glace aux trois parfums portant son nom.
Vaste intrigue policière, à la recherche d'un criminel qui se dérobe de page en page, qui déroule chapitre après chapitre les rebondissements d'une trame particulièrement complexe mais toujours menée au millimètre. Bolano nous laisse finalement sur notre faim, pour mieux nous faire comprendre que si le pire est toujours l'oeuvre de la main d'un ou de plusieurs hommes, il est plus encore le résultat d'une société trop machiste, trop conformiste, trop raciste ou trop lâche pour ne pas se laisser aller à ses pires penchants.
Vaste roman de la solitude, qui donne toute sa place au sexe mais quasiment pas à l'amour et in fine assez peu à l'amitié. Ouvrage particulièrement nihiliste qui verbalise sans répit la folie et la mort, la soulignant dans tous ses détails, la décrivant implacablement, cadavre après cadavre, dans une litanie à la limite de la nausée, parfois lassante, mais qui paradoxalement rend un dernier hommage à ceux qui n'y ont jamais eu droit et leur donne au travers des pages une parcelle d'éternité.
Vaste dédale de gestes, de mots, de lieux, de personnages, terriblement militant et ambitieux, dont les couloirs se tournent et se retournent sans jamais se perdre, nous donnant presque toujours les pistes de façon lumineuse, après avoir exploré comme à l'ombre d'un oeil démoniaque et drogué tout le spectre des possibles, puis tout le spectre des impossibles, les arcanes de la terre du ciel et du trou noir des enfers. Les personnages, depuis Benno von Archimboldi jusqu'à la plus misérable putain mexicaine, s'imprègnent dans notre rétine dans toute leur vertigineuse réalité. Car le propos immense est de décrire la condition humaine et d'aller chercher chez chacun la réalité, aussi noire soit elle et sans artifices.
Brillantissime exercice de style, aussi, dont la forme soutient le fond implacablement avec un style ciselé pour mieux nous oppresser. On se débat par exemple avec une phrase de plusieurs pages, à peine ponctuée, sans doute la plus longue jamais lue en littérature. Ou de très longs développements, avec peu de dialogues. Ou encore de multiples digressions. Ce style qui pourrait nous étouffer, parvient pourtant avec maestria à nous maintenir en haleine jusqu'à la dernière page.
On ne ressort pas indemne de cette foisonnante beauté et de cet insatiable questionnement. Il faut souffler et reprendre sa respiration. Se dire qu'il faudra y revenir encore et encore. On pense une minute à laisser 2666 pendu par une pince à linge affronter l'iode et le vent breton pour voir si l'air ambiant, pourrait, aussi bien que l'air d'Amérique centrale, "lui apprendre une ou deux choses". Mais tout y est déjà écrit. Tout ce qui a eu lieu. Tout ce qui n'a pas eu lieu. Tout ce qui aurait pu avoir lieu. Tout ce qui est. Et tout ce qui sera.
mercredi 30 mai 2012
Salon du livre de Caen 2012
Une grande tente dans la cour du chateau. Je passais là par hasard. Je m'y arrête.
Il n'y a pas grand monde par ce beau week end ensoleillé. Comme toujours ce sont les auteurs de bande dessinée qui sont à la fête.
Je découvre Jean Baptiste Gendarme, inconnu pour moi. Un beau palmarès déjà avec plusieurs romans, dont un dernier roman dans une prestigieuse collection Gallimard, et une activité de découvreur au sein de la revue Décapages. Il est là tout seul face à sa pile de romans et a l'air de se morfondre. Je le suis au Café littéraire pour l'entendre disserter sur son nouveau roman "Un éclat minuscule". L'histoire qui se déroule sur trente minutes, d'un accident où l'épouse agonise pendant que le mari inerte, se remémore leur vie de couple. La journaliste nous dit que cette histoire est terrible et émouvante. Jean Baptiste nous explique qu'il a situé l'histoire à Alexandrie pour se débarrasser une bonne fois pour toute des voyages dont il a horreur. Je n'arrive pas à le suivre sur ce terrain là.
Le soleil flamboie sur le palais ducal. La pente herbue rededescend doucement vers la ville. Inerte.
Il n'y a pas grand monde par ce beau week end ensoleillé. Comme toujours ce sont les auteurs de bande dessinée qui sont à la fête.
Je découvre Jean Baptiste Gendarme, inconnu pour moi. Un beau palmarès déjà avec plusieurs romans, dont un dernier roman dans une prestigieuse collection Gallimard, et une activité de découvreur au sein de la revue Décapages. Il est là tout seul face à sa pile de romans et a l'air de se morfondre. Je le suis au Café littéraire pour l'entendre disserter sur son nouveau roman "Un éclat minuscule". L'histoire qui se déroule sur trente minutes, d'un accident où l'épouse agonise pendant que le mari inerte, se remémore leur vie de couple. La journaliste nous dit que cette histoire est terrible et émouvante. Jean Baptiste nous explique qu'il a situé l'histoire à Alexandrie pour se débarrasser une bonne fois pour toute des voyages dont il a horreur. Je n'arrive pas à le suivre sur ce terrain là.
Le soleil flamboie sur le palais ducal. La pente herbue rededescend doucement vers la ville. Inerte.
lundi 19 mars 2012
Salon du livre de Paris 2012
Je souris tout seul en arpentant les allées. Quel privilège que de ne pas être partie prenante de ce cirque! Juste le plaisir de vagabonder librement en zigzag.
Sulitzer et Jean Manson de concert, sur une petite tablette, gloires déchues qui ne signent que leurs personnages. Des mangas à foison. En veux tu ? En voilà. Déguisements et tout le tralala. Je fuis. L'enfant est l'avenir de l'homme, la bd celui de l'édition. Abcd. Une perle ? Une. Une petite exposition Pierre Benoit. Il était temps. Lui c'est A. A comme Antinéa. J'ai essayé de lire tout Pierre Benoit mais le territoire était trop vaste. Rayonnages. Jacquettes jaunes, jacquettes blanches. Nrf. J'aie une amie, retrouvée au hasard d'une conférence, qui porte toutes ces robes là. Et pourtant elle ne mange pas tous les jours du caviar. Sgdl.
Ma Bretagne est plus belle que ta Provence. Ton Aquitaine se corse. Je suis en couleurs. Recto verso. Les auto édités quémandent un sourire. Un éditeur, sa femme, sa fille, le grand père. La grand mère n'est plus. Le plus beau sourire du Paf fait grise mine. Les tablettes s'auto proclament belles et libres. New and improved. Elles ont le goût du métal oxydé sans l'odeur de la colle. Drm. Les étudiantes en goguette, accroche coeurs ou plus s'il y a un contrat. Signez en bas. Honni soit qui mal y pense. Les radios se répondent, dix gros micros noirs, d'autres micro trottoirs. Miroirs. Tables rondes farandoles des egos. Derrière une vitre dix apprentis apprennent à écrire le roman de leur vie. Poissons bulles dans l'aquarium des rêves. Il pleut à verse sur le hangar qui hier acceuillait le cul des vaches du salon de l'agri-culture. Je fuis. Le sandwich c'est six euros. Sans le café. Cigarette ? Oui, merci.
Les meilleurs moments sont toujours dans mon off :
- derrière les panneaux dans la partie fermée et désertée à observer, cigarette au bec, les stars qui défilent pour prendre la pose sous la lumière crue d'un photographe ( positionne mieux ta légion d'honneur coco )
- happé malgré moi dans la foule des courtisans pour me retrouver, benet bleu, bleu benet, nez à nez avec le futur président de la République qui fait sa campagne de la culture. Pire qu'un courtisan ? Pire c'est le courtisan en devenir. Celui qui voudrait bien.
- surpris à jacter du pont d'Orléans sur le stand du québec
- tenter de dialoguer avec une libraire qui ne parle que le russe
- lire un petit poème algérois
La vie si j'veux.
Sulitzer et Jean Manson de concert, sur une petite tablette, gloires déchues qui ne signent que leurs personnages. Des mangas à foison. En veux tu ? En voilà. Déguisements et tout le tralala. Je fuis. L'enfant est l'avenir de l'homme, la bd celui de l'édition. Abcd. Une perle ? Une. Une petite exposition Pierre Benoit. Il était temps. Lui c'est A. A comme Antinéa. J'ai essayé de lire tout Pierre Benoit mais le territoire était trop vaste. Rayonnages. Jacquettes jaunes, jacquettes blanches. Nrf. J'aie une amie, retrouvée au hasard d'une conférence, qui porte toutes ces robes là. Et pourtant elle ne mange pas tous les jours du caviar. Sgdl.
Ma Bretagne est plus belle que ta Provence. Ton Aquitaine se corse. Je suis en couleurs. Recto verso. Les auto édités quémandent un sourire. Un éditeur, sa femme, sa fille, le grand père. La grand mère n'est plus. Le plus beau sourire du Paf fait grise mine. Les tablettes s'auto proclament belles et libres. New and improved. Elles ont le goût du métal oxydé sans l'odeur de la colle. Drm. Les étudiantes en goguette, accroche coeurs ou plus s'il y a un contrat. Signez en bas. Honni soit qui mal y pense. Les radios se répondent, dix gros micros noirs, d'autres micro trottoirs. Miroirs. Tables rondes farandoles des egos. Derrière une vitre dix apprentis apprennent à écrire le roman de leur vie. Poissons bulles dans l'aquarium des rêves. Il pleut à verse sur le hangar qui hier acceuillait le cul des vaches du salon de l'agri-culture. Je fuis. Le sandwich c'est six euros. Sans le café. Cigarette ? Oui, merci.
Les meilleurs moments sont toujours dans mon off :
- derrière les panneaux dans la partie fermée et désertée à observer, cigarette au bec, les stars qui défilent pour prendre la pose sous la lumière crue d'un photographe ( positionne mieux ta légion d'honneur coco )
- happé malgré moi dans la foule des courtisans pour me retrouver, benet bleu, bleu benet, nez à nez avec le futur président de la République qui fait sa campagne de la culture. Pire qu'un courtisan ? Pire c'est le courtisan en devenir. Celui qui voudrait bien.
- surpris à jacter du pont d'Orléans sur le stand du québec
- tenter de dialoguer avec une libraire qui ne parle que le russe
- lire un petit poème algérois
La vie si j'veux.
samedi 13 mars 2010
Etonnnants voyageurs. Saint Malo. Du 22 au 24 mai 2010.
Le salon de la littérature monde. Pour sa proximité avec les auteurs entre deux sautes de vent. Pour boire un verre à la terrasse de l'Univers avec un photographe du bout du bout du monde. Y être.
vendredi 31 juillet 2009
Les Séditions. Karl Mengel. M@nuscrits. Editions Léo Scheer.

Intrigué je l'étais.
A plusieurs titres.
Par la collection d'abord, pour avoir suivi du coin de l'oeil la tentative louable et néanmoins séditieuse des Editions Léo Scheer d' encadrer au forceps la naissance, par césarienne, d' une littérature de l'internet. Sans vouloir entrer dans des polémiques spécieuses, Mengel s'y rattache sans aucun doute. Son livre a, en effet, été précédé de la parution sur son blog , d'extraits du roman. De plus le world wide web se prête particulièrement bien aux intrigues et aux jeux de rôles qui font le coeur du propos de Mengel. Plus encore la lecture sur le net, instantanée et rapide, s'avère propice à l'écriture de chapitres courts et à la possibilité de naviguer, sans risque d'avoir perdu la trame, d'un passage à l'autre. Et de fait dans les Séditions ce n'est pas l'histoire qui compte mais plutôt l'ambiance, le ton. On notera aussi quelques références clins d'oeil mais compréhensibles seulement des initiés. Ainsi le héros écrit, de son propre aveu, de mauvais romans, sur le net (Permaphrodite, déjà publié en ligne et sur lequel l'auteur facétieux écrit "S'agissant du Permaphrodite de Cortès, chose étrange, je n'arrive pas à décider si l'on est en présence d'une daube ou d'un coup de maître - mais la lecture, courte, en vaut de toute façon le détour !), passe son temps sur le net... et sur le blog des Editions Léo Scheer...On notera, au passage, que pour publier dans la collection M@nuscrits, il faut parler de Marilyn Manson... Condition quasi sine qua non. Que ce chanteur soit un provocateur par excellence, dont le patronyme dédoublé reflète une icone du sexe et un tueur en série, né qui plus est à Canton...dans l'Ohio, ne pouvait pas non plus laisser Mengel indifférent.
Par le sujet ensuite. Pour le monde interlope des services secrets et la fascination des jeux de doubles et de masques qui lui sont propres. Notre héros s'y fond à merveille, vendant ses services à toutes les agences de la planète, au point de ne plus savoir qui il est. Et nous non plus parfois. Il y aurait de la vengeance dans l'air mais finalement notre héros ne se venge que de lui même. Quelques références sont explicites. Celles de Tom Clancy ou de John Le Carré par exemple. Mais contrairement à ces maîtres ès espionnage, le livre ne nous propose pas une histoire, mais plutôt des flashs, des poppers hallucinés qui nous conduisent sous drogue dure de pays en pays, de services très secrets en sévices kré kré méchants. L' écriture est lettrée, même si le propos la veut orale, provocatrice, précise et documentée. On se complait à se téléporter ainsi, dans des hoquets de sang et de foutre, d'Helsinki à Tokyo en passant surtout par la grosse pomme lustrée dans ses moindres recoins. Et quand on est simplement "quelque part" on comprend inconsciemment que c'est le flou même de ce quelque part qui nous donne les clés de l'énigme. Ou peut être pas. Un exercice virtuose de précision où l'on ressent le plaisir jubilatoire de l'écrivain à écrire son roman à tiroirs. On rentre facilement dans ce jeu sans fin, même si, dans un monde réel, le héros finirait au bout de dix pages dans la chape de béton d'un barrage du Huang He, après avoir laissé trois doigts dans la poche d'un yakusa tatoué sur la fesse droite. Ici le héros, malgré tous ses efforts ne meurt pas. Il renaît constamment de lui même dans la douleur.
A suivre ces pentes savamment vaselinées il y avait deux risques. Le risque de l'exercice de style, du beau mot pour lui même, du masque trop chamarré pour ne pas être clinquant, oublieux d'une proposition de substance de synthèse. (Où l'on saura pourquoi Karl Mengel ne peut être que le fils spirituel d'Alois Hiller. Et ce que devient Darla Bruni).Le risque aussi d'être abscons avec tant de strates et de niveaux de lecture que l'on pourrait tomber dans le private joke un peu trop privé. Et si le funambule ne tombe pas de son fil c'est à la verve jubilatoire qui le guide qu'il le doit.
Trichant avec les mots, ce ne sont pas des séditions que Mengel nous propose içi. Car ici point d'incitation à la désobéissance collective mais plutôt le voyage en solitaire d'un héros dopé au yabaa ( la drogue des soldats du Reich) mû par la volonté de repousser les limites hypocrites du monde qui l'entoure dans une ronde auto destructrice. Le héros hésite entre ses pulsions sadiques et sado-masochistes. Avec une petite préférence, pas complètement assumée, pour le coté sadique de la force. Car notre héros est quand même le plus intelligent et le premier de la classe. Mais comme un enfant bridé par un père trop parfait, il va tester toujours plus loin les limites du jeu de pistes qui l'entoure.
J'ai aimé monsieur Mengel. Ou devrais je dire monsieur Hiller ?
Plutôt que "Séditions" on aurait pu intituler cet ouvrage "Qui est, tue ? ". Pulitzer quand tu nous tiens !
A plusieurs titres.
Par la collection d'abord, pour avoir suivi du coin de l'oeil la tentative louable et néanmoins séditieuse des Editions Léo Scheer d' encadrer au forceps la naissance, par césarienne, d' une littérature de l'internet. Sans vouloir entrer dans des polémiques spécieuses, Mengel s'y rattache sans aucun doute. Son livre a, en effet, été précédé de la parution sur son blog , d'extraits du roman. De plus le world wide web se prête particulièrement bien aux intrigues et aux jeux de rôles qui font le coeur du propos de Mengel. Plus encore la lecture sur le net, instantanée et rapide, s'avère propice à l'écriture de chapitres courts et à la possibilité de naviguer, sans risque d'avoir perdu la trame, d'un passage à l'autre. Et de fait dans les Séditions ce n'est pas l'histoire qui compte mais plutôt l'ambiance, le ton. On notera aussi quelques références clins d'oeil mais compréhensibles seulement des initiés. Ainsi le héros écrit, de son propre aveu, de mauvais romans, sur le net (Permaphrodite, déjà publié en ligne et sur lequel l'auteur facétieux écrit "S'agissant du Permaphrodite de Cortès, chose étrange, je n'arrive pas à décider si l'on est en présence d'une daube ou d'un coup de maître - mais la lecture, courte, en vaut de toute façon le détour !), passe son temps sur le net... et sur le blog des Editions Léo Scheer...On notera, au passage, que pour publier dans la collection M@nuscrits, il faut parler de Marilyn Manson... Condition quasi sine qua non. Que ce chanteur soit un provocateur par excellence, dont le patronyme dédoublé reflète une icone du sexe et un tueur en série, né qui plus est à Canton...dans l'Ohio, ne pouvait pas non plus laisser Mengel indifférent.
Par le sujet ensuite. Pour le monde interlope des services secrets et la fascination des jeux de doubles et de masques qui lui sont propres. Notre héros s'y fond à merveille, vendant ses services à toutes les agences de la planète, au point de ne plus savoir qui il est. Et nous non plus parfois. Il y aurait de la vengeance dans l'air mais finalement notre héros ne se venge que de lui même. Quelques références sont explicites. Celles de Tom Clancy ou de John Le Carré par exemple. Mais contrairement à ces maîtres ès espionnage, le livre ne nous propose pas une histoire, mais plutôt des flashs, des poppers hallucinés qui nous conduisent sous drogue dure de pays en pays, de services très secrets en sévices kré kré méchants. L' écriture est lettrée, même si le propos la veut orale, provocatrice, précise et documentée. On se complait à se téléporter ainsi, dans des hoquets de sang et de foutre, d'Helsinki à Tokyo en passant surtout par la grosse pomme lustrée dans ses moindres recoins. Et quand on est simplement "quelque part" on comprend inconsciemment que c'est le flou même de ce quelque part qui nous donne les clés de l'énigme. Ou peut être pas. Un exercice virtuose de précision où l'on ressent le plaisir jubilatoire de l'écrivain à écrire son roman à tiroirs. On rentre facilement dans ce jeu sans fin, même si, dans un monde réel, le héros finirait au bout de dix pages dans la chape de béton d'un barrage du Huang He, après avoir laissé trois doigts dans la poche d'un yakusa tatoué sur la fesse droite. Ici le héros, malgré tous ses efforts ne meurt pas. Il renaît constamment de lui même dans la douleur.
A suivre ces pentes savamment vaselinées il y avait deux risques. Le risque de l'exercice de style, du beau mot pour lui même, du masque trop chamarré pour ne pas être clinquant, oublieux d'une proposition de substance de synthèse. (Où l'on saura pourquoi Karl Mengel ne peut être que le fils spirituel d'Alois Hiller. Et ce que devient Darla Bruni).Le risque aussi d'être abscons avec tant de strates et de niveaux de lecture que l'on pourrait tomber dans le private joke un peu trop privé. Et si le funambule ne tombe pas de son fil c'est à la verve jubilatoire qui le guide qu'il le doit.
Trichant avec les mots, ce ne sont pas des séditions que Mengel nous propose içi. Car ici point d'incitation à la désobéissance collective mais plutôt le voyage en solitaire d'un héros dopé au yabaa ( la drogue des soldats du Reich) mû par la volonté de repousser les limites hypocrites du monde qui l'entoure dans une ronde auto destructrice. Le héros hésite entre ses pulsions sadiques et sado-masochistes. Avec une petite préférence, pas complètement assumée, pour le coté sadique de la force. Car notre héros est quand même le plus intelligent et le premier de la classe. Mais comme un enfant bridé par un père trop parfait, il va tester toujours plus loin les limites du jeu de pistes qui l'entoure.
J'ai aimé monsieur Mengel. Ou devrais je dire monsieur Hiller ?
Plutôt que "Séditions" on aurait pu intituler cet ouvrage "Qui est, tue ? ". Pulitzer quand tu nous tiens !
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